Quand des « bienfaiteurs » étrangers font plus de mal que de bien au Libéria

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Katie Meyler tient un chèque de subvention Chase d'un million de dollars que son œuvre de charité "More Than Me" a remporté lors de la deuxième cérémonie annuelle des American Giving Awards, le 7 décembre 2012 / Photo : Los Angeles Times / Getty Images

Les révélations sur le viol systématique de filles dans une école gérée par une ONG au Liberia révèlent à quel point le travail de bienfaisance peut être erroné.

Publiée la semaine dernière aux hurlements d’indignation, la publication « Unprotected«  de ProPublica est un exposé froid sur une industrie caritative internationale pourrie et inexplicable. En particulier, il enlève le voile du secret autour d’une ONG américaine, More Than Me (MTM), dont la fondatrice blanche américaine a parcouru le monde pendant des années, amassant des millions de dollars pour une académie qu’elle a fondée à Monrovia, la capitale du Liberia, tandis que son partenaire a violé à plusieurs reprises de jeunes recrues.

Dans le dossier de ProPublica, l’infirmière libérienne Iris Martor – une ancienne employée de MTM qui a tout d’abord exposé les abus – résume profondément la raison pour laquelle la fondatrice Katie Meyler, son conseil d’administration largement blanc, légion d’enseignants et d’administrateurs inexpérimentés et sous-qualifiés se sont protégés des accusations : « Ils pensent que nous (les Libériens) sommes tous des gens stupides et peu ou pas éduqués. Notre système est fragile et ils peuvent s’en tirer parce que leur peau est blanche … C’est ce que Katie pense. Mais ce n’est pas vrai. »

En effet, « Unprotected » révèle nos tendances faussées à glorifier les étrangers qui s’introduisent dans les pays pauvres sous prétexte de faire le bien. More Than Me – ce que je préfère appeler « All About Me » en raison du narcissisme de la fondatrice – est la quintessence de l’histoire de l’humanisme qui a mal tourné.

En 2007, quand j’avais environ 20 ans, j’avais rencontré Meyler et d’autres comme elle après son retour chez moi, au Liberia, pour travailler pour notre gouvernement. Elle m’a semblé gênante et tout à fait bénigne, un petit poisson dans un plus grand étang d’évangéliques étrangers douteux, de travailleurs humanitaires, de consultants et de bureaucrates du développement de haut niveau. Cependant, « Unprotected » aiguise comment le complexe du sauveur blanc peut devenir totalement incontrôlable.

Toute personne qui exploite un pays, ses habitants et leurs souffrances pour construire leur célébrité, augmenter leurs sources de financement ou quadrupler leurs followers des réseaux sociaux est pathologique. Ils devraient être discrédités publiquement, mais nous avons plutôt hisser Meyler. Elle n’avait manifestement ni la capacité ni l’intégrité de travailler au Liberia, mais cela n’a pas dissuadé l’ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf de lui donner un bâtiment gouvernemental abandonné pour la MTM Academy.

Cela n’a pas empêché cette même présidente – qui est devenu une figure imméritée pour la protection des droits des femmes et des filles – de proclamer lors de l’ouverture de l’académie en septembre 2013 que le modèle de Meyler devrait être reproduit à travers le Liberia.

Le fait que le cofondateur et ex-amoureux Libérien de Meyler, MacIntosh Johnson, soit décédé du VIH alors qu’il était en prison, accusé d’abus commis en 2014, n’a pas dissuadé notre ministre de l’Éducation de l’époque, George Werner, de soutenir publiquement ses efforts. Cela ne l’a pas empêché de la recruter davantage pour un projet pilote peu judicieux de privatisation d’écoles gérées par le gouvernement sans consulter des éducateurs ou des experts du secteur libériens. Ce qui a permis à Meyler de gérer un certain nombre d’institutions de « partenariat » n’est pas évident.

La rumeur débordait d’histoires peu recommandables à propos de More Than Me, mais Meyler a continué à recueillir des éloges, y compris le titre de « Time Person of the Year«  en 2014. Quand une lettre anonyme diffamait l’organisation et sa fondatrice pour sa complicité dans l’agression se répandait comme feu de forêt en novembre 2016, j’ai demandé à un certain nombre de femmes journalistes Libériennes d’enquêter sur les allégations, mais personne ne l’a fait.

Frustré, j’ai approché un ancien membre du conseil d’administration de MTM qui a corroboré la négligence de la direction de MTM. Quand j’ai demandé pourquoi rien n’avait été fait pour démasquer l’organisation et sa fondatrice, il a déploré que nos systèmes de responsabilité au Liberia soient trop faibles.

Avec le recul, je suppose que j’aurais pu être mon moi habituel implacable. J’aurais pu quitter mon confortable perche à Londres, être ramené à Monrovia et demander à l’ancien gouvernement et à des collègues de la société civile de se pencher sur la question. Mais je ne l’ai pas fait et pour cela, j’assume une part de responsabilité. Nous faisons tous.

Le fait qu’il ait fallu à un journaliste britannique de race blanche pour exposer cette histoire alors que nombre d’entre nous soupçonnaient ou savaient que quelque chose s’était mal passé est profondément troublant. Le fait que nous, les Libériens, ayons regardé cette charade dans un silence horrifié et n’ayons rien fait, est particulièrement honteux.

Petite honte vaut mieux qu’une grosse honte

On peut en dire beaucoup sur les échecs de More Than Me et de sa fondatrice téméraire. Cependant, Meyler est le symptôme de quelque chose de beaucoup plus sinistre. La plus grande déception réside chez nous, les Libériens, qui avons négligé de protéger les étudiants de l’académie de l’un des nôtres. Nous devons accepter cette saga du viol d’enfant comme emblématique de nos pathologies sociétales plus profondes. Pathologies du secret, de la pédophilie et de l’impunité. Pathologies de chercher constamment des solutions en dehors de nous. De se plaindre à des étrangers désemparés.

L’expression familière Libérienne « petite honte meilleure qu’une grande honte » est si pertinente ici. Nous ne devons pas permettre à une grande honte – de ne rien faire contre la culture du viol – de remplacer notre petite honte – d’alimenter les machines MTM. Nous devons nous blottir parmi les survivants des abus de MTM – et d’autres comme eux à travers le pays – en les enveloppant dans un cocon de soutien, d’amour et de protection. Pour ceux qui ont contracté le VIH et d’autres IST de Johnson, nous devons nous assurer qu’ils reçoivent des soins médicaux réguliers. Toutes les filles devraient avoir droit à un conseil psychosocial, à des bourses entièrement financées et à un espace de vie et de sécurité en sécurité.

Étant donné que les abus sexuels commis par MTM ont été exposés à fond, le gouvernement Libérien doit renforcer les institutions chargées de surveiller les violences sexuelles et sexistes commises sur tout le territoire en les dotant d’un financement et d’un personnel qualifié. De manière plus générale, nous devons contrôler les organisations à but non lucratif opérant au Liberia, qu’elles soient étrangères ou locales, en les responsabilisant. Une politique des ONG, une fois défendue, devrait garantir que leurs activités, leurs sources de financement et leur impact sont surveillés par le ministère des Finances et de la Planification du développement et communiqués à ce dernier.

Nous devons rapidement interdire More Than Me et révoquer son accréditation d’ONG. Nous devons expulser Meyler, ouvrir une enquête criminelle sur elle et son conseil d’administration, et confier les écoles gérées par MTM à des éducateurs Libériens réputés. Meyler doit avoir honte publiquement et être privée de ses récompenses / reconnaissances. Les donateurs étrangers qui financent MTM devraient vider ses coffres et affecter des millions de dollars à des initiatives plus valables gérées par les Libériens, comme le projet d’éducation pour les enfants de Brenda Brewer Moore (KEEP).

La saga More Than Me est un rappel flagrant que le Liberia pourrait se passer de bons « bons à rien » étrangers qui font plus de mal que de bien. Plus important encore, il oblige les Libériens à assumer l’entière responsabilité de cette débâcle et à veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais.

En effet, petite honte vaut mieux qu’une grosse honte.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de Black People Mag.

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