-Kênia Maria explique la raison pour laquelle il est si rare de voir au Brésil des hommes noirs ayant réussis avec des femmes noires

Kênia Maria est une actrice businesswoman au Brésil, mais aussi une militante de 41 ans, utilisant Internet afin de promouvoir ses idées et son travail.

Elle explique la raison pour laquelle il est rare de voir des hommes brésiliens noirs avec des femmes noires.

Ses observations sont très révélatrices pour ceux qui continuent de croire que les gens arrivent à « tomber amoureux » de certains types de personnes.

Peut-on être réaliste pour une minute ? Sinon, vous devriez peut-être arrêter de lire cet interview maintenant !

Pour Maria, aimer un homme noir a toujours été naturel à cause de son éducation.

Belle de la tête aux pieds, Kênia se sent comme une reine, de vivre un amour « noble » avec Erico Bras.

Elle célèbre l’amour, parce que Bras la comprend comme une femme noire, la texture de ses cheveux, le corps généreux, les douleurs en commun.

Dans cette interview exclusive pour Mundo Negro, elle parle de ses relations avec son mari, black boleiros (joueurs de football) qui aiment les loiras (blondes).

Mundo Negro : Dans la chanson « Ponta de Lança », le rappeur Rincon Sapiência parle des pretos e pretas (hommes et femmes noirs) qui s’aiment. Avez-vous remarqué une augmentation du nombre de couples noirs ? Quand nous aimons notre noirceur, est-il naturel de chercher quelqu’un comme nous ?

L’art est un excellent instrument de transformation, de sensibilisation, aussi de manipulation.

Tous les systèmes autoritaires qui visaient à soumettre une ethnie à l’autre, utilisaient l’art pour le manipuler.

Au Brésil, Casa Grande e Senzala (Maîtres et esclaves) (Gilberto Freire / 1993) parle très bien de la relation affective des noirs et des blancs.

Dans l’art, l’idée de ne pas être ensemble a toujours été renforcée. Du moment de l’esclavage, d’Afrique, ils nous ont séparés, par les langues, les tribus, afin que nous ne nous reconnaissions pas, ne nous aimions pas, car s’aimer nous rendraient très forts.

Une familia negra (famille noire) qui apparaît dans les médias, sur les murs de Sao Paulo ou n’importe quel lieu de manifestation artistique, a un incroyable pouvoir de transformation.

Un de mes amis disait que dans la favela preto casa com preta (les hommes noirs se marient avec des femmes noires), mais nous savons qu’en sortant de la, les choses changent, parce que cela a été enseigné.

Nous devons montrer que nous nous aimons, c’est une lutte, et cela ne cesse d’être politique.

« Le mariage entre les noirs est un acte politique », Kênia Maria

Les gens se demandent souvent quand est-ce que je suis avec Erico. Ils pensent que je suis sa sœur, mon nounou, mon porte-parole, un bon conseiller (rires).

Mais quand je dis que je suis sa femme, c’est un choc.

Beaucoup de gens trouvent notre relation étrange parce que mon travail a toujours été le militantisme à un moment où ce n’était pas les couverture de grands magazines comme Vogue et Marie Claire, donc les gens ne me connaissaient pas.

Je me sens comme une reine, parce que la relation avec un homme noir conscient est très différente.

Un homme noir qui aime une femme noire, qui comprend ses cheveux, la texture, n’a pas peur de mettre sa main dans mes cheveux et comprend que le corps de la femme noire ne sera jamais le même qu’une femme blanche.

Je suis une femme avec des hanches, je suis une femme forte. Je ne suis pas meilleure ou pire, mais je suis différente, sou uma mulher negra (je suis une femme noire).

Lorsque vous rencontrez une personne qui vous comprend et vous accepte de cette façon, je me sens comme une reine.

Mundo Negro : Comment expliquez-vous cette préférence des hommes noirs ayant réussis pour les femmes blanches ?

J’étais marié de 20 à 33 ans avec un homme noir de la même communauté que moi.

Quand nous sommes allés au Venezuela, il était un joueur d’équipe de première division, il s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose d’étrange et la chose étrange était moi.

J’étais la seule femme noire dans un environnement plein de femmes de type Barbie. Celles qui ne l’étaient pas, allégeraient rapidement leurs cheveux et mettraient du silicone.

Ainsi on me trompais toujours pour la nounou de mes enfants ou l’infirmière de l’équipe.

Et je pouvais voir en lui le moment où il avait cette confusion, et ses collègues l’interrogeaient. La chose la plus étrange était lorsque je suis retourné au Brésil en vacances, après la séparation.

Les joueurs ont envoyés des cadeaux, de l’argent à remettre à leurs ex-femmes qui étaient au Brésil.

Quand je les ai rencontrées, la surprise, elles étaient alors toutes noirs. Toutes.

Vous avez vu le remplacement automatique. Comme je l’ai déjà dit, cela est enseigné et stimulé dans la famille, éclaircir, c’est de montrer que vous réussissez.

Mon mari a meme dit que son père avait beaucoup parlé de « femme présence », qui est la femme blanche.

La noire est celle qui n’a aucune présence à être dans certains endroits, qui créera un scandale. Le machisme est également lié à cela, la bonne maison, la bonne voiture, et la bonne femme est la femme blanche.

Cela fait maintenant quatre ans, que le couple a lancé la première web série noire brésilienne, « Tà Bom Pra Você ? ».

C’est une idée de Gabriela qui devait faire une série web d’une famille noire qui vit dans la zone Sud.

Nous avons crées des scripts basés sur notre expérience.

Et donc, nous avons découvert que nous sommes la première série web brésilienne noire, réalisée par des noirs.

Nous avons eu l’idée de créer « Double Black » qui est un stand up, une comédie musicale.

C’est aussi notre histoire, une comédie romantique et, comme le dit Erico, c’est « un mélange de Brésil et d’Egypte » (rires).

Le spectacle est sorti à Salvador au Théâtre Jorge Amado le 2 et 4 juin. Bientôt, le couple sera sur des stades au Brésil, et peut-être le monde.

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« Si nous, en tant que peuple, réalisions la grandeur à partir de laquelle dont nous sommes venus, nous serions moins susceptibles de nous manquer de respect. » – Marcus Garvey